Histoire
de l'hypnose
L’aptitude de l’être humain à utiliser différents
niveaux de conscience a été reconnue depuis très
longtemps dans toutes les cultures. Ce fonctionnement différent
a suscité de nombreuses interrogations. Emprunté au vocabulaire
du spiritisme, le nom de « transe » apparaît en français
au XIXème siècle (1891) pour désigner l’état
hypnotique , en référence à une sorte de de voyage
à travers une autre dimension de la conscience ; l’idée
de « traverser le miroir » est fréquente dans le
développement personnel, elle évoque l’expérience
qui consiste à considérer les choses au-delà et
à travers leurs apparences. Le Spiritisme a connu une vogue importante
au début du XXème siècle, mettant en exergue l’intervention
du medium capable d’entrer en contact avec d’autres réalités
au moyen d’une « transe ». Il faudra retenir aussi
l’existence de rituels permettant d’accéder à
la transe, ils font partie du processus et on les observera dans la
majorité des démarches de psychothérapie ou de
développement personnel.
Le terme d'hypnose est relativement récent, James
Braid chirurgien écossais (1895 1960) , l'utilise pour
la première fois en ayant repris l'idée à Hénin
de Cuvillers (1820). Contemporain de Casanova et ami de Mozart, Franz
Anton Messmer (1734/1815), Docteur en médecine, créateur
de la notion de "magnétisme animal" faisait lui aussi
largement usage des phénomènes d'hypnose. Cité
comme un des précurseurs de l'hypnose, ses positions étaient
révolutionnaires. On peut noter qu'il a fait l'objet de nombreuses
critiques et suscité bien des oppositions dès son époque.
Jean-Martin Charcot (1825/1893), professeur de neurologie à la
Salpêtrière développe la pratique de l'hypnose dans
le traitement des maladies mentales et lui redonne un intérêt
et une légitimité dans le monde universitaire. Freud suit
son enseignement à Paris et pratique l'hypnose avant de s'en
éloigner et de mettre au point la Psychanalyse. Bien que les
psychanalystes affirment aujourd'hui que leur pratique n'a rien à
voir avec l'hypnose, elle forme pourtant la base de la plupart des psychothérapies.
Certaines de ses techniques sont reprises par le développement
personnel. La relaxation et la sophrologie en représentent des
exemples caractéristiques.
BERNHEIM
(1840-1919),
comtemporain de Charcot, professeur de clinique médicale à
l'université de Nancy,se met à utiliser l'hypnose dans
sa démarche thérapeutique et en observe les caractéristiques.Bernheim
est un homme pragmatique, il étudie avec Liébault, bien
qu'il ne soit pas un universitaire, il cherche le premier, non sans
humour, à démystifier les aspects "magiques"
de l'hypnose. Il apporte des améliorations aux techniques de
Liébault et, pose les les bases scientifiques de l'hypnothérapie
moderne. Ses travaux vont marquer la fin du magnétisme animal.
Bernheim a substitué à la conception de suggestibilité
par le sommeil provoqué de Liébault la conception de suggestibilité
normale à l'état de veille.
"Pour Bernheim,
le sommeil hypnotique n'est absolument pas nécessaire pour obtenir
les phénomènes dits Hypnotiques comme l'anesthésie,
la contracture, etc ... , tous ces phénomènes peuvent
provoqués par simple suggestion à l'état de veille
et par conséquent sans sommeil.
Tout est dans la suggestion, et Bernheim affirme catégoriquement
: "Les phénomènes de suggestion ne sont pas fonction
d'un état magnétique (voir Mesmer), ni d'un état
Hypnotique(voir Braid), ni d'un sommeil provoqué (voir Liébault).
Ils sont fonction d'une propriété physiologique
du cerveau qui peut être actionnée à l'état
de veille, la suggestibilité".
C'est à partir des travaux de l'école de Nancy, vers 1889,
que Freud va être mis sur la voie de ses recherches sur le conflit,
la névrose et l'inconscient.
Dans son ouvrage "La nouvelle hypnose" Le Dr Jean Godin cite
plusieurs définitions. La suivante a été proposée
pour l'Encyclopédie Médico Chirurgicale: "(l'hypnose)
est un mode de fonctionnement psychologique dans lequel le sujet, grâce
à l'intervention d'une autre personne, parvient à faire
abstraction de la réalité environnante, tout en restant
en relation avec l'accompagnateur. Ce "débranchement de
la réaction d'orientation à la réalité extérieure"
qui suppose un certain "lâcher-prise" équivaut
à une façon originale de fonctionner à laquelle
on se réfère comme un état. Ce mode de fonctionnement
particulier fait apparaître des possibilités nouvelles
: par exemple des possibilités supplémentaires d'action
de l'esprit sur le corps, ou de travail psychologique à un niveau
inconscient."
Comme le terme hypnose vient du grec « hypnos
» qui signifie sommeil, beaucoup de gens croient que l'état
hypnotique est une sorte de sommeil, les défenseurs de la Sophrologie
ont d'ailleur banni le terme, préférant parler d'un état
« sophronique » situé entre la veille et le sommeil.
Pourtant cela ne correspond pas à la réalité de
l'expérience hypnotique car les personnes qui en témoignent
affirment clairement que cela ne ressemble pas du tout au sommeil, qu'ils
restent conscients de ce qui se passe autour d'eux, mais conscients
d'une manière différente de l'état habituel de
veille. La définition du Dr Jean Godin décrit l'état
d'hypnose comme un fonctionnement différent de la conscience
caractérisé par le contraste entre une hyperconcentration
(le contact étroit avec l'accompagnateur) et une hypovigilance
(diminution voire disparition de l'importance accordée à
la réalité extérieure).
C’est exactement ce qui arrive quand, totalement absorbé
dans une activité, parfaitement concentré sur ce que vous
faites à l'instant où vous le faites, vous continuez à
percevoir différentes informations avec vos sens mais celles-ci
vous indiffèrent car elles n’ont aucune importance par
rapport à votre action en cours. C'est ainsi que pendant que
vous lisiez un livre passionnant, ou que vous regardiez votre programme
favori, vous n'avez pas prêté attention au bruit que faisaient
vos voisins du dessus alors que dans votre état de veille habituel
cela vous agace prodigieusement. La lecture du livre a induit un état
de transe hypnotique.
Il y a différents degrés de transe, l'exemple ci-dessus
décrit une légère modification du fonctionnement
conscient, d'autres états apparaissent qualifiés de profonds
et se caractérisent pas des modifications du comportement et
des sensations. Au cours de ces états de transe profonde, certaines
manifestions spectaculaires peuvent se produire (somnambulisme, catalepsie,
etc...). Ce sont ces phénomènes qui permettent de caricaturer
l'hypnose comme ne se privent pas de le faire certains illusionistes
et autres « magiciens ». Les transes recherchées
dans le développement personnel seront utilisées pour
voyager dans le passé de la personne, relier des événements
actuels à des expériences passées, trouver des
solutions et les essayer mentalement avant de les mettre en œuvre.
L'hypnose utilisée comme outil thérapeutique n'a rien
à voir avec ce que le grand public croit en connaître,
un spectacle de cirque, tout juste bon à faire rire et effrayer
les gens trop crédules.
En effet, l'hypnose fait peur à bien des gens car ils croient
qu’une fois en transe, ils vont être à la merci de
celui qui les y a conduits. Or, c'est ignorer une donnée fondamentale:
il est impossible d'hypnotiser une personne dans le sens où quelqu'un
prendrait les commandes de sa volonté et se mettrait à
la piloter comme le suggèrent l'imagerie populaire. Ce qui est
possible en revanche c'est d'accepter d'être guidé vers
un fonctionnement différent de sa conscience. En réalité,
c'est la personne qui décide d'accepter consciemment et inconsciemment
l'expérience de l'hypnose, sans quoi, cela ne marche pas. On
devrait plutôt parler d'auto-hypnose, car, avec un peu d'entraînement,
tout un chacun peut entrer dans un état de transe ; c'est notamment
le cas pour la relaxation.
Presque tous le monde peut vivre l'expérience hypnotique, mais
à différents degrés, les personnes qui vont dans
des transes profondes ne forment pas la majorité, en revanche
les légères modifications du fonctionnement de la conscience
demeurent très accessibles ce qui suffit pour pratiquer la relaxation
par exemple.
Actuellement, l'hypnose est utilisée dans beaucoup de domaines
de la santé: apaisement de la douleur, prise en charge des problèmes
psychosomatiques, anesthésie pour les soins dentaires et préparation
à l'accouchement. Les psychothérapies brèves, la
sexologie en font également usage, de même que le développement
personnel et l'enseignement (hypnopédagogie).
L'hypnose qu'on pratique aujourd'hui dans le cadre des psychothérapies
doit beaucoup à l'oeuvre de Milton Erickson, psychiatre américain
( 1901/1980). Celui-ci en effet, a beaucoup changé les notions
qu'on avait auparavant, il a montré qu'on pouvait travailler
en hypnose sans qu'il soit question de spectacle ou de perte de conscience.
Il a également mis au point une approche stratégique des
problèmes centrée sur le respect de la personne et utilisant
exclusivement ses propres ressources. On parle aujourd'hui d'hypnose
ericksonnienne pour décrire des méthodes de sa démarche
thérapeutique qui se déroule dans un cadre conversationnel.
La pensée et les stratégies de Milton Erickson se distinguent
à la fois par leur pragmatisme et leur créativité,
il sait trouver exactement les moyens efficaces tout en privilégiant
ceux qui sont facilement disponibles. Souffrant de différents
handicaps (absence de vision des couleurs, dyslexie), Milton Erickson
a dû faire appel à toutes ses ressources, pour surmonter
avec humour et optimisme les épreuves rencontrées. A l'âge
de dix sept ans il est atteint de poliomyélite et demeure paralysé
pendant quelques mois, c'est à cette époque de sa vie
qu'il découvre l'auto-hypnose et n'a de cesse d'en comprendre
le fonctionnement. Cette expérience est peut-être celle
qui va déterminer le cours de sa carrière. Margaret Mead
disait d'Erickson qu'il n'avait jamais résolu un problème
d'une façon déjà connue sans tenter une solution
nouvelle et originale, ce qu'il réussissait souvent. Le Dr Godin
précise " Son attitude pragmatique lui a permis de découvrir
que l'hypnose pouvait être autre chose que ce qu'on croyait. Sa
référence constante à l'inconscient, présenté
comme une entité, dans l'explication des phénomènes
psychologiques lui donne une position originale."
Richard Bandler et John Grinder, fondateurs de la PNL se sont très
largement inspirés de Milton Erickson pour mettre au point leurs
techniques. Dans leur livre "The structure of Magic", ils
font été de l’utilisation d’une transe hypnotique
préalalable à la mise en oeuvre leurs techniques spécifiques.
Par la suite, ils ont à l'instar d'Erickson, effectué
leurs interventions sur un mode conversationnel. Il reste que les phénomènes
d'organisation de la conscience propres à l'hypnose constituent
une donnée importante de la pratique de la PNL.
Qu'elle soit traditionnelle ou ericksonnienne l'hypnose s'inscrit dans
de nombreuses démarches de développement personnel. La
relaxation musculaire accompagne en effet l'état d'hypnose et
permet un travail sur le vécu corporel, les sensations, et le
mieux-être. L'état d'hypnose favorise également
les capacités de visualisation d'images internes ce qui participe
aux démarches de connaissance de soi et de développement
des performances individuelles. Enfin, par l'organisation spécifique
de la conscience qu'elle met en oeuvre, l'hypnose permet d'instaurer
un dialogue thérapeutique avec l'inconscient.
L’hypnose ne se limite pas uniquement aux applications thérapeutiques.
Dans son ouvrage à propos de Milton Erickson, Jay Haley qui fut
l'un de ses élèves rapporte plusieurs cas où les
gens ont consulté pour des difficultés telles que la peur
de l'échec, le manque de confiance en soi, ou encore le manque
de concentration d'un sportif en compétition. Aujourd’hui,
le coaching des sportifs de haut niveau fait fréquemment appel
aux techniques d’hypnose et d’auto-hypnose pour renforcer
les capacités de concentration, et la mobilisation des ressources
psychologiques.
Les approches de Milton Erickson peuvent donc tout aussi bien s'appliquer
aux démarches de développement personnel. Fondées
sur la qualité de la relation et l'utilisation du langage, ces
approches se réalisent dans le cadre conversationnel du face
à face, elles sont généralement de très
courte durée et excèdent rarement trois à quatre
séances. L'hypnose ericksonnienne peut être utilisée
avec succès pour la majeure partie des problèmes psychologiques,
puisque par définition, c'est au thérapeute de s'adapter
au patient et non à ce dernier d'apprendre à nommer ses
problèmes dans le langage du thérapeute. Aujourd'hui on
parle de thérapies stratégiques, ou de thérapies
analogiques pour évoquer les démarches qui se situent
dans la lignée d'Erickson. En fait, si l'on comprend bien l'attitude
de celui-ci, on ne peut pas "faire de l'Erickson" et continuer
à imiter ses approches ou copier ses techniques et ses métaphores.
Le psychiatre de Phoenix, ayant en horreur la routine ne faisait jamais
deux fois la même chose, mais adaptait ses démarches à
la problématique spécifique. Il semble justifié
de s'inspirer de sa démarche créative de façon
à prendre en charge les difficultés des gens d'une manière
réellement individualisée.
On connaît surtout les applications de l'hypnose traditionnelle
dans le domaine de la santé, toutefois, elle est utilisée
aussi pour le développement personnel. Les Mind Games de Robert
Masters et Jean Houston en sont un exemple typique. Les séances
se déroulent en groupes de six à huit personnes avec un
guide qui conduit les personne à faire l'expérience de
l'hypnose, puis de l'auto-hypnose avant d'entrer dans le scénario
proposé dans le jeu.Ces jeux se présentent comme des contes
dont la personne devient le héros et rencontre des expériences
destinées à lui donner de solides points de repères
psychologiques: confiance en soi, rapport créatif avec la réalité,
ouverture de l'esprit, tolérance.
Le langage utilisé dans les Mind Games offre une double lecture
par les métaphores qu'il contient. Chaque jeu raconte une histoire
et met la personne en contact avec une expérience qui constitue
une métaphore de situations qu'elle rencontre dans sa vie quotidienne
et qui peuvent lui poser des problèmes. Les Mind Games sont groupés
en plusieurs niveaux, ils s'enchaînent progressivement pour faire
découvrir à la personne d'autres moyens d'utiliser sa
conscience. Ce type de travail s'effectue en groupe et n'est pas destiné
initialement à la psychothérapie. Il faut environ une
vingtaine de séances pour effectuer l'ensemble des jeux proposés.
Les bénéfices sont multiples: aptitude à se relaxer,
à prendre du recul par rapport à un événement,
capacité de concentration, rapidité d'intégration
de connaissances, etc...
Pour en savoir plus
et consulter les articles de
Laurent Gross, Kinésithérapeute, Sophrologue, Membre de
la Société Française de Sophrologie. Professeur
à l'Institut Européen de Recherche en Sophrologie et Psychothérapie.
Formation en hypnose thérapeutique au Cercle de Lariboisière.Sylvie
Bellaud-Caro, Sophrologue, Psychothérapeute , Hypnose Ericksonnienne
http://www.hypnose-therapeutique.com