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Questionnaire de Précision

Nous allons appliquer ce questionnaire à l'exploration d'un objectif, le vôtre, ou celui de votre interlocuteur.
D'abord deux conditions : l’objectif doit être formulé de façon affirmative, et en des termes concrets.
Un objectif formulé de façon négative ne renseigne en rien sur ce que veut vraiment celui qui s’exprime ainsi. Par exemple, si quelqu’un dit: “Je ne veux pas aller en Grèce cet été”, cela n’indique en aucune façon où il veut aller.
La négation est une opération abstraite et toujours surajoutée. En effet, quand vous voulez par exemple signaler qu’il est interdit de fumer dans un endroit, vous utilisez une image montrant une cigarette barrée d’un trait ! Ceci vaut pour les images, mais il en va de même avec le langage : la négation (ne pas) vient s’associer à ce que l’on veut nier. Si vous dites “ Veuillez ne pas fumer”, vous ne pouvez pas signifier ce message sans utiliser l’action que vous souhaitez interdire! Ceci prend un sens très particulier à un autre niveau : parfois, en formulant une interdiction, comme nous utilisons les mots ou les images représentant ce qui est interdit, cela provoque une double lecture: l'image de ce qui est interdit associée à l'interdiction .Le désir de transgresser cet interdit apparaît alors logiquement, suite à ces messages contraires imbriqués.
Pour ce qui concerne l’investigation d’un objectif, il s’agit de travailler à obtenir une formulation positive de celui-ci, la seule qui puisse apporter des informations utiles.
Reprenons l’exemple:
- Je ne veux pas aller en Grèce cet été!
Nous pouvons suggérer:
- Où souhaitez-vous aller?
Dans cette première approche, la question “pourquoi” est à éviter parce qu’elle n’apporte aucune information sur ce que veut vraiment la personne.
La seconde condition de bonne formulation d’un objectif requiert d’utiliser des termes concrets. Pour notre part, nous préférons des termes “descriptifs” car, quoi qu’il arrive, les mots ne sont pas des choses concrètes mais des représentations de choses plus ou moins concrètes. Des termes descriptifs sont plus près de ce que nous cherchons, et que nous complétons dans cette démarche : arriver à une représentation sensorielle de l’objectif.

Nous distinguons ici : la précision du contexte et la représentation sensorielle , les conditions de responsabilité, les conditions d’écologie.
la précision du contexte et la représentation sensorielle
Les questions traditionnelles : Quoi, qui, quand, où, comment? font partie de la précision du contexte, et nous ne saurions en faire l’économie car, leur réponse viennent participer à l’élaboration d’une représentation sensorielle de l’objectif.
Dans certains cas, il n’est pas nécessaire d’explorer toutes les questions car l’expression de la personne contient déjà ces informations, par exemple si quelqu’un dit:
- Je veux apprendre l’Anglais en trois mois.
Nous sommes informés à propos du “quoi”, du “qui”, du “quand”, en revanche nous n’avons aucune idée de ce que “apprendre l’Anglais” représente dans l’esprit de la personne, et si nous n’explorons pas cela, nous allons assurément projeter notre propre représentation à la place de celle de l’interlocuteur c’est pourquoi nous allons explorer la représentation sensorielle de l’objectif en travaillant autour de la question :
- Comment saurez-vous que vous avez atteint votre objectif ?
Cette question extrêmement importante, nous sert de guide, en la posant nous cherchons à amener l’interlocuteur en contact avec une représentation mentale sensorielle de son objectif. Il faut donc s'adapter et s'attacher à explorer les "preuves" de l'obtention, de l'atteinte, de la réalisation!
Dans l’exemple : “Je veux apprendre l’anglais en trois mois” nous voulons savoir ce que la personne entend par “apprendre l’anglais”, quels sont les critères pour évaluer le résultat souhaité, quels sont les preuves tangibles pour étayer sa certitude d’avoir atteint l’objectif.
Dans le contexte du développement personnel, nous cherchons à savoir:
- Ce que la personne pense voir, entendre, sentir, se dire quand elle aura atteint son objectif.
- Ce que la personne pense qu’un tiers pourra voir, entendre , sentir, se dire quand il saura qu’elle a atteint son objectif.
Pour cette deuxième catégorie d’informations, nous nous situons au niveau des éléments observables de l’extérieur par un tiers. Il n’est pas toujours facile de répondre à ces questions, sauf quand on commence à accéder à une bonne représentation de l’objectif. De plus, pour les objectifs psychologiques, il peut être très utile que la personne exprime ce qu’elle imagine à propos de la réaction des autres, cela peut révéler d’éventuels blocages. Imaginons un instant qu’une personne exprime un objectif tel que : “Je veux obtenir une promotion”, elle a souvent une idée assez précise de ce que cela représente, si elle s'imagine comme un “spectateur” de sa promotion cela peut changer sa perception des choses . L’objectif change parfois d'importance quand on l'imagine en prenant du recul.
À chaque étape, à chaque question, l’objectif peut se modifier: ce questionnaire sert aussi à valider l'objectif.
Les conditions de responsabilité
Dans cette catégorie d’information, nous cherchons à savoir :
- De qui dépend l’atteinte de l’objectif?
En effet, dans le cadre du développement personnel et encore plus du coaching, plus l’atteinte de l’objectif dépend de celui qui l’exprime et plus il a de chances de l’atteindre. S’il compte trop sur les autres, l’atteinte de son objectif est alors soumise à des conditions difficilement maîtrisables. Dans bien des cas, il serait illusoire de vouloir totalement maîtriser la situation, car l’imprévisible est toujours imaginable, toutefois, se donner des objectifs faisables dépend en partie de la personne et de son degré de responsabilité.
Cette catégorie d’informations sera explorée également à travers la question suivante:
- Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher d’atteindre votre objectif?
Les réponses peuvent varier et évoquer des faits, des événements, mais aussi des personnes. Il apparaît cependant, que plus on a effectué une bonne évaluation des difficultés qu’on risque de rencontrer, et mieux on se prépare à gagner.
Partir gagnant, ne signifie pas partir en ignorant les difficultés de l’épreuve, qu’on se situe sur un plan professionnel, sportif, personnel, etc...
En outre, le fait d’évoquer les difficultés éventuelles permet de se situer vis-à-vis de celles-ci et de mesurer la détermination de la personne. Plus les obstacles sont perçus comme des difficultés à la portée de la responsabilité de la personne et plus la motivation est importante. Dans le cas où l’exploration des difficultés conduit à les surévaluer ou à les estimer trop lourdes à gérer, cela amène la personne à repenser autrement son objectif.
Une autre question est sous jacente :
- Comment pensez-vous faire pour atteindre votre objectif?
On ne peut toutefois la poser que si la personne est bien convaincue qu’elle est responsable de l’atteinte de son objectif. Si c’est le cas, cette question peut initier tout un débat sur les moyens à envisager et la marche à suivre.
3 Les conditions d’écologie.
Il faut comprendre le terme d’écologie dans un contexte proche de l’analyse systémique d’un ensemble et envisager plusieurs aspects:
- L’objectif est-il ou non en harmonie avec la personne ?
- L’objectif est-il ou non en harmonie avec l’environnement (relationnel, socioprofessionnel, psychoaffectif, etc) de la personne ? On considère que la personne forme un tout cohérent, différent toutefois de la somme de ses parties comme l’indique la théorie dite des “groupes” (La première source connue de cette théorie est généralement attribuée au mathématicien Evariste Gallois). Ainsi, l’individu peut par exemple développer un comportement qui, bien qu’il ait quelques effets désagréables, réponde en satisfaisant un autre besoin. Le fait par exemple de manger à l’excès a comme effet désagréable de faire grossir, mais s’intègre à “l’écologie” personnelle de l’individu en apportant d’autres sortes de satisfactions. Ainsi, une personne qui s’estime trop grosse et désire s’amincir ne pourra le faire de façon durable que si son amincissement lui procure une satisfaction comparable ou supérieure à celle qu’elle trouve en mangeant beaucoup. Le changement, doit respecter cette écologie personnelle pour persister, autrement, la personne revient très vite à ses anciennes habitudes.
Un objectif écologique doit s’intégrer parfaitement avec la personnalité et les aspirations profondes de l’individu. Parfois, il arrive que des gens disent vouloir quelque chose, mettent tout en œuvre pour l’obtenir, puis une fois chose faite s’aperçoivent que cela ne leur convient pas. Dans la situation d’une relation d’aide ou de coachingl, il arrive souvent qu’on ait affaire à des personnes qui expriment des objectifs dont on sait parfaitement qu’ils ne conviendront pas. La mise en œuvre mentale que propose ce questionnaire de précision peut alors aider à réfléchir de façon globale en intégrant la personne et ses environnements.
L’objectif peut être tout à fait porteur d’avantages pour la personne mais désavantageux pour ceux qui l’entourent.... Que faire, que choisir alors ? À ce niveau, la personne comprend qu’elle s’engage dans une décision qui a des conséquences pour les autres et peut aussi prendre conscience de ce qu’elle est prête ou non à assumer.
Les questions que nous posons dans cette démarche sont les suivantes :
- Qu’est-ce que cela va changer d’atteindre votre objectif? Pour vous? Pour les autres?
- Qu’y a-t-il à gagner en atteignant cet objectif? Pour vous? Pour les autres?
- Qu’y a-t-il à perdre en atteignant cet objectif? Pour vous? Pour les autres?
Ces dernières questions renvoient à certains critères de la personne, on peut aussi les grouper en demandant à propos de l’objectif choisi: Qu’est-ce qui en vaut la peine?
Cette stratégie d’investigation des objectifs, n’est pas faite pour décourager les gens de vouloir quelque chose, pas plus que pour juger de la valeur de leurs objectifs, seulement pour vérifier qu’ils sont accessibles psychologiquement et réalisables concrètement.
Dans le contexte de relation d’aide et de coaching, c’est encore un des meilleurs moyens d’assurer sa crédibilité que de permettre à son interlocuteur de prendre conscience de ses objectifs réels. Néanmoins, nous devons respecter l’autre dans ses choix et savoir aussi que même si notre expérience nous permet de porter une évaluation exacte des besoins réels de notre interlocuteur, ce dernier n’est pas obligatoirement prêt psychologiquement à l’admettre pour vraie. Cela signifie que, si nous cherchons alors à faire valoir notre estimation, cela revient à l’imposer et n’est pas toujours souhaitable; il s’agit donc maintenant de travailler à construire des étapes permettant d’aller vers le but en question plutôt que de chercher à l’atteindre immédiatement. Dans le domaine psychologique, le plus court chemin d’un point à un autre n’est pas forcément la ligne droite...
Voici les questions qu’on retient généralement pour servir de guide à l’investigation d’un objectif:

  • Que voulez-vous ?
  • Comment saurez-vous que vous avez atteint votre objectif?
  • Que pensez-vous voir, entendre, sentir, vous dire quand vous aurez atteint votre objectif ?
  • Comment quelqu’un d’autre pourrait-il le savoir ?
  • Que pensez-vous qu’une autre personne pourrait voir, entendre, sentir, se dire quand vous aurez atteint cet objectif ?
  • De qui dépend l’atteinte de cet objectif ?
  • Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de l’atteindre ?
  • Comment pensez-vous faire pour l’atteindre ?
  • Qu’est-ce que cela va changer d’atteindre votre objectif? Pour vous? Pour les autres ?
  • Qu’y a-t-il à gagner en atteignant cet objectif? Pour vous? Pour les autres ?
  • Qu’y a-t-il à perdre en atteignant cet objectif? Pour vous? Pour les autres ?