Léonard
Orr, portrait d'un"immortel"
Inventeur du Rebirth, Leonard Orr est un fervent de l'immortalité
physique
Assis en lotus sur une table nappée de blanc, il egrenne son
chapelet rituel tantôt de la main gauche, tantôt de la main
droite. Les cheveux très courts, à peine remis d'un rasage
intégral, laissent apparaître des zones d'une calvitie
naissante. Le regard est doux, les oreilles attentives, et le visage
parfois traversé par un bref sourire qui se fige sur la lèvre
supérieure. La voix est posée, effacée, presque
monotone, comme s'il était las de s'entendre dire et répéter
les mêmes choses depuis plus de vingt-cinq ans.
«J'enseigne la philosophie immortaliste depuis 1962, mais cela
fait à peine deux à trois ans que l'intérêt
du public s'est éveillé à cela et qu'il en redemande»,
de préciser Léonard Orr.
Sa quête spirituelle: un univers magique
Son itinéraire spirituel a débuté à l'université,
où il étudiait la philosophie et les sciences religieuses.
Ce séjour fut marqué par une révélation
spirituelle et par une rencontre, en 1961, avec Joelle Teutsch, paralytique
de naissance, née aveugle, sourde et muette. Cette dernière,
un jour, fut guérie miraculeusement à la suite de la
visite d'un être de lumière qui lui enseigna, durant
des mois, les préceptes d'une science spirituelle qui lui permirent
de retrouver la vue, l'ouïe et la parole. Cette dernière
enseigna à Léonard Orr l'essentiel de cet apprentissage,
à savoir que « la réalité est créée
par nos pensées ». L'étudiant eut tôt fait
de mettre à profit cette notion et devint consultant auprès
d'hommes d'affaires pour leur enseigner à doubler leurs revenus
(de 1967 à 1974), créa la technique du rebirth en 1974
et fondera l'organisation Renaissance internationale en 1979.
En 1988, il s'affiche comme candidat indépendant à la
présidence des États-Unis et compte sur l'appui des «
nouvel-âgistes » américains - qu'il évalue
à environ 30 millions de personnes - pour promouvoir ses idées
de démocratie à «ras de terre» basée
sur une représentativité accrue des élus politiques
(un élu pour 1000 citoyens). Sa principale préoccupation
demeure cependant l'enseignement de la philosophie immortaliste et des
pratiques hygiénistes immortalistes.
Les recettes de l'immortalité physique
« C'est très facile de devenir immortel, mais cela demande
une éternité pour le demeurer », précise-t-il
avec une pointe d'humour à la Orr. Le secret, beaucoup plus accessible
que celui de la Labatt bleue, consiste en une intime communion avec
les quatre éléments: l'air, l'eau, la terre et le feu.
Cette recette lui fut révélée par un certain Bhartaji,
un être qui aurait la particularité insigne de vivre depuis
9669 ans, qui fut l'un des maîtres de Jésus et qui réside
toujours en Inde, dans le village de Barthara situé au Rajastan
dans le district d'Alwar. D'après les photos qu'il nous a montrées,
l'être en question se porte à merveille et est singulièrement
beau. La recette, dites-vous?
Tout d'abord, se débarrasser de sa pulsion de mort, « énergie
très subtile et complexe » qui nous fait croire en l'inévitabilité
de la mort physique. La méthode: « Chaque fois que vous
rencontrez une pensée anti-vie, tuez-la . » C'est l'aspect
psychologique du travail. Au plan des idées - la philosophie
immortaliste - il s'agit «d'être plus intéressé
à vivre qu'à mourir et de croire en notre trinité
Corps-Mental-Esprit».
Au plan physiologique et énergétique, il faut suivre une
hygiène particulière: pratiquer les techniques respiratoires
du rebirth (air); prendre un bain deux fois par jour (eau). Au plan
du rapport avec l'élément terre, il faut s'alimenter convenablement
et jeûner avec des liquides une fois par semaine (la liqueur d'ambroisie,
vous connaissez?) et faire de l'exercice quotidiennement, soit l'équivalent
de marcher autour d'un pâté d'immeubles (la taille des
immeubles n'est pas précisée). Finalement, il s'agit de
s'asseoir devant le feu entre cinq à dix heures (par jour?) afin
de développer une relation consciente avec l'esprit du feu, «
sinon vous allez mourir ». Pour l'ex-étudiant en théologie
qu'est Léonard Orr, les quatre éléments sont les
attributs éternels de l'Esprit saint et ils dispensent automatiquement
la Grâce puisqu'ils sont les sacrements éternels. Et de
rappeler comment « l'on se sent toujours bien après un
bon bain, une bonne inspiration profonde, un jeûne ou même
après une séance devant un feu de foyer ». Certes,
mais l'immortalité?
Il serait trop aisé d'ironiser sur un sujet telle l'immortalité
physique et plus d'une assertion de Léonard Orr prête le
flanc à la critique (ne serait-ce que par des affirmations intempestives
du genre: «Le mouvement de rebirth a le plus bas taux de mortalité
au monde » (où sont les statistiques à l'appui?)
ou: «L'on sait maintenant très bien que Jésus a
passé plus de la moitié de sa vie en Inde», déclarations
qui s'adressent beaucoup plus à la foi des adhérents qu'à
leur esprit critique). Cela dit, l'homme semble y croire profondément,
assez du moins pour en parler ouvertement - sans prosélytisme
agressif - et au risque de passer pour « l'idiot du village»
(« the fool of the place ») auprès de la très
grande majorité. Mais au fond, cette quête de l'immortalité
n'est-elle pas issue d'une très grande peur de la mort?
«Non, je ne crois pas. Les gens évoluent spirituellement
et deviennent de plus en plus sophistiqués à ce niveau.
Et l'immortalité physique est une notion qui refait surface et
s'inscrit dans le cours naturel de l'évolution spirituelle de
l'humanité. »
Immortels qui vivent depuis des milliers d'années et qui ont
été les maîtres de Jésus; ascètes,
dignes émules de Star Trek, capables de dématérialiser
et rematérialiser les corps à volonté, de s'amuser
à pratiquer l'ubiquité ou la lévitation; capables
aussi de changer de sexe ou d'apparence en claquant des doigt etc. Tout
cela fait beaucoup penser au aventures de La vie des maîtres,
Baird T. Spalding, ce classique de spiritualité-fiction. Mais
s'agit-il seulement de fiction?
L'immortalité physique est-elle possible? J'en doute, mais si
cette croyance peut vous garder en quelques années de plus -
après tout, Spalding est mort à 95 ans! - pourquoi pas?
Ce qui est vrai par contre, c'est la nostalgie que j'ai lue dans les
yeux de Léonard Orr lorsqu'il parlait de ses maîtres et
de cette région particulière des Himalayas... Nostalgie
du sage et de « l'illuminé » qui s'illusionne? Qui
vivra verra!
Oups! une dernière question M. Orr: Quel âge avez-vous?
(il fait entre 45 et 50 ans) «Vous ne le saurez jamais, c'est
un secret métaphysique. » Ouf! suis rassuré de constater
que les immortels conservent leur coquetterie! Je vous laisse, je dois
prendre mon bain...
Cet article a été publié dans la revue Guide Ressources,
vol. 3, no. 5, pp. 29-30.
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