« Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l’aime, celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie. » Confucius

De la nécessité du travail sur soi

Très tôt dans l’existence, l’être humain prend conscience de la précarité de sa condition et de la souffrance en général. Cet éveil et cette perception accrue de l’inconvénient d’être vivant le distinguent d’ailleurs de tout autre forme de vie.
Pour supporter l’incertitude et le mal être, il développera une certaine appréhension à l’égard des évènements inattendus, mais également une étrange faculté à délimiter son environnement d’une façon péremptoire ou autoritaire, en s’aidant d’un minimum de connaissances acquises dans la confusion. Cette voie suivie par l’immense majorité n’est pourtant pas la seule envisageable : certains décident parfois en effet de ne pas céder à la panique et au conformisme pour exercer leur volonté et s’inscrire dans un cycle évolutif vertueux. En misant sur la répétition de ce cycle on pourra maintenir un processus d’évolution personnelle constitué de trois phases toujours subtilement agencées. Le désespoir, le renforcement, le dynamisme


Le désespoir face à l’ignorance
Lorsqu’un nouveau cycle démarre, on se trouve confronté à l’un des aspects les plus handicapants de son schéma personnel. Cette première étape constitue alors un moment crucial pour identifier une carence ou une peur à dépasser. Elle s’accompagne toujours d’un épisode de désespoir plus ou moins bien vécu qui différencie d’ailleurs l’individu en mutation de ses congénères. Cette introspection se caractérise par une prise de conscience aigue d’une faille comme une faiblesse physique ou morale, une difficulté à communiquer, une dépendance par rapport à l’alcool ou le tabac etc. Cette forme soudaine de lucidité plonge alors le sujet dans ce que l’on considère généralement comme une crise d’angoisse déstabilisante. Une étape douloureuse et néanmoins nécessaire qui induit une dérive lente durant laquelle on pourra se resituer par rapport à l’autre, à la passion, au temps qui passe ou à toutes autre forme de concept jusqu’alors occultés.


Le renforcement par la connaissance
Le deuxième mouvement est plus dense que le premier puisqu’il participe d’une véritable renaissance. En effet, au sortir de ce voyage intérieur propre à délimiter certaines zones d’ombres jusque-là ignorées, il devient urgent d’accroître ses ressources et d’éprouver sa force en s’investissant pleinement. Pour cela il convient d’approfondir ses connaissances sur le langage, la pensée ou le geste en fonction de la nécessité du moment. Une recherche qui consiste à se retrouver au travers de diverses épreuves ayant toutes pour vocation d’éprouver le corps et l’esprit d’une façon nouvelle. L’occasion de s’initier à l’effort physique, à la concentration intellectuelle ou même à certaines formes d’arts pour en comprendre les principes communs. Durant cette phase, on clarifie ses positions en apprenant à se connaître, à connaître ses semblables et plus généralement à mieux identifier la valeur des agissements de l’être humain. On évolue également vers une tolérance mieux conceptualisée afin d’appréhender avec plus d’égards le monde dans sa phénoménalité.


La dynamique de l’action
La troisième phase vient clore le cycle évolutif et signer la pertinence de cette révolution intime en actualisant les efforts consentis au quotidien. Le dynamisme symbolise en effet l’évolution puisqu’il permet de réaliser des choses nouvelles (parler en public, s’organiser, cesser de fumer, lire un livre, se réconcilier, etc.). Elle consiste à programmer de façon consciente une démarche existentielle constructive qui tienne compte des projets personnels du sujet mais également des ses compétences, des ses valeurs et de son environnement. Un schéma délicat à mettre en place puisqu’il s’agira également de gérer dans le même temps les nouvelles phases de désespoir annonciatrices de nouveaux cycles qui ne manqueront pas de survenir. L’enjeu consistera donc à dynamiser son être d’une façon toujours plus pertinente, en cherchant à profiter de ses nouvelles sensations acquises sans se laisser submerger par le trouble qui rythme notre vie en permanence.
On pourra considérer ces trois phases (désespoir, renforcement, dynamisme) comme les éléments constitutifs du cycle de formation de l’individu : lucidité, densification, action. C’est par la répétition de ce dispositif au cours de sa vie qu’une personne réactualisera en permanence sa volonté de persévérer dans son être et d’affirmer ses résolutions les plus structurantes.


Claude Boiocchi.